UMP Guingamp
C'est un dernier hommage solennel et emprunt d'émotion qui a été rendu ce lundi
après-midi aux Invalides à Philippe Séguin, décédé jeudi à l'âge de 66 ans. La République était réunie en mémoire de cette figure gaullienne : trois présidents, trois Premiers ministres, la quasi
totalité du gouvernement, et de nombreuses personnalités politiques de droite et de gauche, unanimes pour saluer le parcours d'un «grand serviteur de l'Etat».
Sur la façade de la cathédrale militaire, un portrait en noir et blanc de l'ancien Premier président de la Cour des comptes, sourire en coin.
Un dispositif d'accueil, dans des tentes chauffées et équipées d'écrans, avait été mis en place dans la Cour d'honneur de l’Hôtel des Invalides pour éviter les hypothermies et les malaises.
Après l'arrivée de Nicolas Sarkozy et de son épouse Carla, à 15 heures, en la cathédrale Saint-Louis des Invalides, des Gardes républicains ont porté la dépouille de Philippe Séguin devant l'autel. En présence de la famille du défunt, les obsèques ont été célébrées par le cardinal André Vingt-trois, archevêque de Paris. Des obsèques marquées par l'immense émotion de ses petits-enfants, en larmes.
La messe d'hommage de la Nation s'est achevée par une cérémonie militaire, à l'image de l'hommage national rendu aux dix soldats tués en juillet 2008 en Afghanistan, ou des honneurs présentés à Lazare Ponticelli en mars 2008, le dernier des Poilus. dans la cour d'honneur, où le cercueil a été porté par les tirailleurs d'Epinal, au son de la Marche funèbre.
Sarkozy : «Philippe, tu vas nous manquer» «Tu as aimé la France avec passion»
Comme le veut le protocole, le Président de la République était le seul à prononcer un discours. Ce sont des paroles empruntes de sensibilité qu'a ensuite prononcé Nicolas Sarkozy, toujours à l'intérieur de l'église. En s'adressant directement à «Philippe» et en le tutoyant, le chef de l'Etat a rappelé le parcours personnel et politique du défunt. Un éloge funèbre qui doit sans doute beaucoup à son conseiller spécial, Henri Guaino, très proche de Philippe Séguin.
«Je n'aurais jamais imaginé que tu mourrais à 66 ans et que j'aurais à
prononcer ton éloge funèbre», a-t-il dit au début de son allocution, «nous nous étions habitués à ta voix, à tes grands éclats de rire, à tes colères, à ton regard, à ton
sourire».
Pendant de longues minutes, Nicolas Sarkozy, ému, a évoqué la carrière de Philippe Séguin, de sa naissance à Tunis et la mort de son père alors qu'il n'était âgé que d'un an, jusqu'à sa carrière politique, de la mairie d'Epinal au «perchoir» de l'Assemblée nationale. «Tu vas nous manquer (...) mais le petit enfant meurtri de Tunis continuera longtemps encore à parler à chacun de nous de son père héroïque, de sa mère institutrice, de son devoir d'orgueil, de la France, de la République, et de ce que nous leur devons.»
«Tu as aimé la France avec passion. Si tu l'as tant aimée, c'est parce qu'elle était à tes yeux le seul bien de ceux qui n'ont rien. Tu la voulais grande, ouverte, généreuse, exemplaire. Tout ce qui la diminuait ou la déshonorait t'était insupportable», a poursuivi le chef de l'Etat. «Si tu as été aussi attaché à la République, si tu l'as défendue avec autant de force, c'est parce que rien n'était plus important pour toi que de donner à ceux qui n'ont rien la chance de devenir quelqu'un», a-t-il ajouté. «L'Etat, la Nation, la République, tu en fis le cœur de ton engagement. Ces mots, tu ne les as pas seulement réhabilités. Tu les as incarnés. Tu leur as donné ton visage, ton sourire, ta voix», a continué le président.
«Laisse-moi te dire, Philippe, une dernière fois, devant ton cercueil recouvert, comme jadis celui de ton père, du drapeau tricolore, ces mots que tu aimais tant, ces mots qui avaient pour toi un sens si profond que tu n'arrivais pas à les prononcer sans être ému. Oui, mon cher Philippe, vive la France, vive la République», a conclu le chef de l'Etat.
Chirac et Giscard d'Estaing côte à côte
Outre le président Nicolas Sarkozy, et le Premier ministre François Fillon, gagné par l'émotion jeudi à l'évocation de la disparition de l'un de ses mentors en politique, Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing assistent également à ces obsèques. Image publique rare : les deux anciens présidents assis côte à côte. Alain Juppé, l'éternel rival, et Jean-Pierre Raffarin, ainsi que Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, et Gérard Larcher, du Sénat, siégaient à leurs côtés.
La gauche était largement représentée : la Première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, le maire de Paris Bertrand Delanoë, les députés Arnaud Montebourg et Henri Emmanuelli, Jean-Pierre Chevènement assistent aux obsèques. François Bayrou et Marielle de Sarnez représentent le MoDem.
Inhumé mercredi dans le Var
Une messe a également été célébrée à 14h30 à Epinal (Vosges), vile dont Philippe Séguin a longtemps été maire.
Après cette cérémonie aux Invalides, Philippe Séguin sera inhumé mercredi dans le caveau familial de Bagnols-en-Forêt, un petit village du Var. Il rejoindra les dépouilles de sa mère, décédée en octobre 2009, et de ses grands-parents. À l'indépendance de la Tunisie, Philippe Séguin, né à Tunis en 1943, et sa mère s'étaient installés dans le Var. Son père avait été tué en 1944.