Partager l'article ! J -20 : Obama surclasse McCain dans le troisième round des débats: À John McCain la prime de la combativité, mais une fois de plus c'est Bara ...
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À John McCain la prime de la combativité, mais une fois de plus c'est Barack Obama qui s'est imposé aux points mercredi soir dans le troisième et dernier débat de la présidentielle, à l'université Hoftsra de Hampstead dans l'État de New York. Le candidat républicain a été meilleur que lors des deux premiers débats. Mais il n'a pas réussi à s'imposer ni à porter à son adversaire démocrate des coups suffisamment marquants pour espérer renverser le cours d'une campagne qui a tourné en faveur d'Obama depuis que la crise financière est entrée dans une phase aiguë. Mercredi matin encore, un nouveau sondage New York Times/CBS avait pointé une avance de 14 % en faveur du démocrate (53 % contre 39 %). Dans l'après-midi, la Bourse de New York s'était effondrée de près de 8 %, perdant 733 points tandis que tous les économistes prédisaient une des récessions les plus graves de l'histoire contemporaine du pays.
Tout au long du débat, animé par le présentateur de CBS Bob Schieffer, McCain, qui avait promis à ses partisans de "botter les fesses de vous-savez-qui" a multiplié les assauts, parfois désordonnés, contre un Obama qui les a parés sans grande difficulté. Il a d'abord accusé le démocrate de vouloir mettre en oeuvre "la lutte des classes" en préparant des hausses d'impôts sur les plus riches dans le but de "redistribuer la richesse", prenant l'exemple de "Joe le plombier" qui est vite devenu le troisième larron de la soirée. Il s'agit de Joe Wurzelbacher, plombier de Holland dans l'Ohio, qui avait interpellé Obama lors d'une réunion électorale sur le fait que son programme entraînerait une hausse de ses impôts, et auquel Obama avait répondu que "distribuer la richesse profite finalement à tout le monde".
McCain a probablement marqué quelques points en collant à son rival l'étiquette de partisan des hausses d'impôts et de l'accroissement des dépenses publiques, critiques traditionnelles des conservateurs contre les démocrates adeptes du "Big Governement". Mais il en a perdu quand il a poursuivi son offensive en tentant de semer le doute sur la crédibilité d'Obama, accusant ce dernier de mentir sur ses rapports avec l'ex-militant radical (et auteur d'attentats) Bill Ayers ou avec l'organisation de gauche Acorn (accusée de fraude électorale), et lui reprochant de mener une campagne de publicités négatives. Toutes les études montrent que c'est au contraire la campagne républicaine qui est de loin la plus négative. C'est d'ailleurs ce qui a détourné de McCain bon nombre d'électeurs indépendants depuis quinze jours, selon le sondage publié mercredi par le New York Times .
Obama esquive les attaques de McCain
Le moment le plus spectaculaire de la soirée, et celui qui peut être le plus bénéfique à McCain, a sans doute été sa rupture ouverte avec George Bush. Accusé par Obama de n'être que le continuateur des politiques en faillite du président en exercice, McCain lui a répliqué sèchement : "Je ne suis pas le président Bush. Si vous vouliez faire campagne contre lui, il fallait vous présenter il y a quatre ans." Il a ensuite énuméré les nombreux dossiers, de la lutte contre le réchauffement climatique à la condamnation de la torture, sur lesquels il s'est opposé à l'administration républicaine, affirmant à plusieurs reprises vouloir "mener le pays dans une direction différente".
Barack Obama, comme lors des précédents débats, n'a perdu ni son calme ni son sourire. Il s'est appliqué, à la manière du grand champion de boxe qu'il admire, Cassius Clay/ Mohammad Ali, à esquiver les attaques de son adversaire en se laissant rebondir dans les cordes, explicitant le plus clairement possible ses positions et son programme sur un ton professoral, au risque de paraître ennuyeux et un peu terne. Il a paré aux assauts du républicain en accusant ce dernier de chercher à détourner l'attention des responsabilités dans la crise économique, qui incombent à l'idéologie libérale qui a guidé Bush et que McCain a soutenue et partage.
Il s'est aussi employé à séduire les électeurs centristes et indépendants, se posant en modéré dans l'exposé de ses positions sur
l'assurance maladie, l'éducation ou l'avortement, et réaffirmant sa volonté de coopération bipartisane. Répondant sur la question de ses liens supposés avec Ayers et Acorn, il a souligné
l'insignifiance de ce genre de questions au regard de la gravité de la crise que les États-Unis traversent, et a répliqué à McCain par l'ironie. "Le fait que ces attaques prennent tant de place
dans votre campagne en dit plus long sur elle que sur moi", a-t-il remarqué.
Obama vainqueur du débat à 58 % contre 31 % pour McCain
Comme lors des précédents débats, c'est cependant sur la forme plus encore que sur le fond qu'Obama l'a emporté sur McCain. Ce dernier, qui n'a cessé de faire des grimaces et mimiques bizarres pendant tout le débat, est apparu agressif, irrité, sarcastique ou méprisant, parfois embrouillé dans ses réponses, revenant à des slogans sans rapport avec la question posée et se mettant en avant pour solliciter la confiance des électeurs. Un comportement qui contrastait avec l'aisance souriante, le calme olympien et le ton pédagogique du démocrate, qui a habilement ramené toutes ses réponses sur ce qu'il va faire en faveur des électeurs s'il est élu.
Les sondages effectués par CNN immédiatement après le débat ont été sans appel. Pour 58 % de ceux qui ont regardé le débat, Obama en est sorti vainqueur, contre 31 % davantage impressionnés par McCain. Même Joe le Plombier, qui n'a pas révélé pour qui il voterait le 4 novembre, a exprimé sur CBS son admiration pour Obama qu'il a trouvé "aussi bon que Sammy Davis Jr. dans son numéro de claquettes". En commençant ce débat, son 23e depuis le début de sa campagne présidentielle, Barack Obama n'avait qu'un seul impératif - ne pas faire de gaffe ni de dérapage, et tenir McCain à distance.
Il a largement rempli son contrat. Son objectif le plus important était d'apparaître suffisamment crédible, présidentiel et sympathique aux yeux des électeurs pour franchir le seuil d'éligibilité. Il sait que la majorité est par avance acquise à ses idées et au changement qu'il veut incarner, en raison de la faillite retentissante de Bush et des républicains. Encore lui faut-il les rassurer suffisamment pour qu'ils ne perçoivent pas le vote Obama comme un trop grand risque en période de crise. Il semble y être parvenu, comme Ronald Reagan l'avait fait en 1980 face à Jimmy Carter.
À J -20, il faudra une énorme surprise, un évènement dramatique venu de l'extérieur, pour qu'Obama trébuche avant d'entrer à la Maison-Blanche.