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INTERVIEW - Le ministre de la Défense justifie l'ampleur de la réforme de la carte militaire.

LE FIGARO. - 83 sites touchés. Fallait-il aller si loin dans la refonte de la carte militaire ?

Hervé MORIN. - Cette réforme était nécessaire et indispensable. Je l'ai dit jeudi matin devant 1 000 chefs de corps de l'armée : un outil de défense qui ne s'adapterait pas contribuerait à affaiblir la nation. On l'a vu pendant la guerre du Golfe, en 1991. À l'époque, 3 % de la richesse nationale étaient consacrés à la défense, et pourtant nous n'avons pas été capables de faire face : nos hélicoptères n'avaient pas de système de vision nocturne, et nous n'avions pas les bons moyens de transport. Les Français veulent que nous restions une des quatre grandes puissances militaires mondiales. Cette réforme y contribue.

La réforme va générer 2 milliards d'euros d'économies par an à terme, que vous aller réinvestir dans l'armée. À quoi sert une réforme qui ne rapporte rien sur le plan budgétaire ?

Ce plan n'est pas destiné à faire des économies, mais à permettre notre adaptation et notre modernisation. Il doit permettre de mettre l'argent là où on en a besoin. L'armée s'est professionnalisée et on doit mutualiser les moyens, densifier les unités, et faire des économies d'échelle. Aujourd'hui, 60 % du budget vont aux ressources humaines. Or, nous avons besoin de financer les équipements de nos forces, d'investir dans de nouveaux avions, de nouveaux hélicoptères, de nouveaux sous-marins ou de nouvelles frégates. Nous allons redéployer le budget, pas l'amoindrir.

Les élus ont fait part de leur colère à l'idée de voir un régiment fermer dans leur circonscription.

Lorsque j'ai commencé les discussions autour de la carte militaire, j'ai fait un pari : j'ai fait confiance à l'esprit de responsabilité des parlementaires, et à leur capacité à faire primer l'intérêt général, y compris dans leur circonscription. J'ai fait un immense travail de concertation, et au moins cent parlementaires ont été reçus ici au ministère de la Défense, certains à plusieurs reprises. Ce travail n'a pas été vain. J'ai corrigé mon projet initial, j'ai tenu compte des remarques et des situations locales. À titre d'exemple, nous avons renoncé à fermer des sites dans certains départements ou bassins de vie déjà lourdement frappés par les restructurations, éprouvés par une démographie en baisse ou un taux de chômage élevé. Par exemple, les sites de Mourmelon, de Chaumont ou de Charleville-Mézières ont été préservés.

Au final, les protestations n'ont pas été très vives. Un signe : lors de mon audition devant la commission défense à l'Assemblée nationale, jeudi, les parlementaires de l'opposition ont approuvé cette réforme, en la jugeant indispensable.

Le président de la République a indiqué, jeudi, qu'il ne tremblerait pas sur cette réforme. Où en sont ses relations avec les armées ?

On a beaucoup glosé sur un prétendu désamour entre le chef des armées et les militaires. J'observe que le 14 Juillet, que l'on annonçait explosif, a été un grand succès, un moment de communion entre le président de la République et les militaires. Il n'y a pas de fossé entre les deux. Le président a soutenu cette réforme, et ses arbitrages sont favorables à la défense, dans un contexte budgétaire difficile.

Hubert Falco s'apprête, dès lundi, à faire le tour des sites touchés. Est-il chargé de reprendre le flambeau ?

La réforme, qui est une des plus importantes de ces cent dernières années, est sur les rails. Il m'appartient de la conduire, notamment au sein des armées. Hubert Falco, en tant que secrétaire d'État à l'Aménagement du territoire, doit garder le contact avec les collectivités, et faire en sorte que les territoires les plus touchés soient aidés.

Il n'y a pas de fatalité lorsque l'armée se retire. Il y a de la tristesse parfois, du mécontentement, souvent. Mais la capacité de rebond existe. L'État met 320 millions d'aides sur la table, en plus des exonérations fiscales et sociales pour les entreprises qui pourraient s'implanter dans les villes concernées. Christine Boutin, la ministre du Logement, est en train de travailler sur la question du logement social dans ces villes, Valérie Pécresse réfléchit à la possibilité de reconvertir une partie des bâtiments en logements étudiants. La reconversion est possible, et les capacités de rebond existent.

 

83 sites supprimés par la nouvelle carte militaire

François Fillon a présenté jeudi matin le plan de modernisation de la Défense. Les effectifs militaires seront amputés de 54.000 hommes et 320 millions d'euros affectés aux territoires les plus touchés.

François Fillon a dévoilé jeudi le «plan de modernisation de la Défense», la nouvelle carte militaire, issue des conclusions du livre blanc de la Défense. «Une des réformes les plus conséquentes depuis le passage à la professionnalisation des armées», a-t-il plaidé, rappelant que cette dernière réforme avait été largement critiquée à l'époque. Il a justifié la réforme par la nécessaire prise en compte de nouvelles menaces (terrorisme, prolifération). «Un monde qui n'est pas plus dangereux, mais moins stable».

Le gouvernement prévoit la suppression de 83 sites ou unités militaires à travers la France à partir de 2009, ainsi que 33 déménagements d'une ville à l'autre. Au terme de la réforme, «l'armée de terre aura perdu 20 régiments et bataillons», «l'armée de l'air 11 bases aériennes» et la Marine «une base aéronavale», a déclaré François Fillon à la presse. Soit une diminution de l'ordre de 54.000 hommes dans les trois corps, dans les 7 ans à venir (sur 320.000 postes actuellement, hors gendarmerie).

Le premier ministre a expliqué que 377 milliards d'euros seraient consacrés à la réforme de la Défense d'ici 2020. Ce chiffre figurera dans une loi de programmation militaire qui sera présentée à l'automne au Parlement par le ministre de la Défense Hervé Morin. Il a souligné que la Défense bénéficierait «d'une mesure exceptionnelle», consistant à lui «réaffecter la totalité des gains» liés à sa restructuration. Le budget du ministère «sera maintenu au niveau de l'inflation jusqu'en 2012», a encore dit François Fillon.

Le ministre de la Défense Hervé Morin a indiqué pour sa part que cette réforme permettrait «d'effectuer 2 milliards d'euros d'économies in fine», «totalement réinjectés dans l'équipement des forces».

85 bases de défense

Dans le cadre de la restructuration, onze sites seront fermés dès 2009, 16 à partir de 2010 et 56 à partir de 2011. Les unités ou sites en question sont de tailles très variables, de quelques dizaines de personnes à 2.502 personnes pour la base aérienne 128 de Metz, appelée à fermer après 2011. Il s'agit de constituer 85 "bases de défense" d'ici 2014. Onze seront créées dès 2009 : dix en métropole (Avord, Brest, Clermont-Ferrand, Creil, La Valbonne, Laudun, Marseille, Nancy, Rennes et Valence) et une à Djibouti.

Le premier ministre a promis d'affecter «320 millions d'euros aux territoires les plus touchés» par cette restructuration, «à travers des contrats et des plans de redynamisation des sites de défense». Il a notamment promis un contrat de reconversion «pour la trentaine de sites les plus concernés». D'autres mesures sont prévues : exonérations fiscales et allégements de charge pour inciter les entreprises à investir et embaucher dans ces secteurs, extension éventuelle des aides européennes. Par ailleurs, 5.000 postes de fonctionnaires d'administrations parisiennes seront transférés d'ici 2012 vers les communes concernées par les restructurations militaires.


Par Le Figaro - Inteview - Publié dans : Point de Repère
Dimanche 27 juillet 2008 7 27 /07 /Juil /2008 08:29
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