Le Syndicat de la magistrature (gauche) a présenté jeudi 200 propositions pour une "révolution judiciaire", appelant les candidats à la présidentielle à s'intéresser à la justice "autrement que comme une vague déclinaison du thème sécuritaire".
Même la gauche "s'est laissée enfermer dans la pensée unique sécuritaire, il faut qu'elle en sorte", a déclaré lors d'une conférence de presse Matthieu Bonduelle, président du SM, deuxième syndicat parmi les magistrats.
"Syndicat de gauche, né en 68...", le SM affirme ne pas monter au créneau "sous l'effet d'une disposition adolescente à la provocation", mais parce que l'état "catastrophique" de la justice "nécessite de grandes ambitions".
"Institutionnellement, statutairement, la justice n'est pas indépendante", "il n'y a pas véritablement de séparation des pouvoirs", a noté Matthieu Bonduelle.
Réformer le mode de nomination des procureurs "ne suffit pas". Loin de là, pour le SM, qui voudrait voir "retirer des pouvoirs au parquet" et mettre les magistrats du siège à l'abri de "l'arbitraire hiérarchique".
Selon le syndicat, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) "devrait être seul maître à bord dans la gestion des carrières des magistrats". Le CSM devrait donc être lui-même réformé, afin que ses membres non magistrats soient "des personnalités incontestables", nommées par le Parlement à la majorité des trois cinquièmes.
Concernant le budget de la justice, historiquement insuffisant, le SM juge bien entendu "urgent de le revaloriser". A la question de savoir où trouver l'argent, il répond "décroissance pénale et carcérale".
Par exemple, a déclaré son président, l'aide juridictionnelle, qui permet aux personnes à faibles revenus d'avoir un avocat, pourrait facilement être augmentée si on renonçait à construire 25.000 places de prison supplémentaires.
Dépénaliser certaines infractions, telles que le séjour irrégulier, le racolage, la mendicité agressive, etc, s'inscrirait aussi dans cette "logique déflationniste".
armi les autres propositions du syndicat: une police "vraiment judiciaire", une "statistique pénale indépendante", une "nouvelle architecture judiciaire" ou encore une justice des mineurs "restaurée".
Par Philippe LE ROUX - Délégué de Circonscription - Publié dans : Point de Repère



